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Culture karaté / lecture

Le BUNKAÏ


Dans certains milieux, la situation s’améliore. Les pratiquants et les instructeurs commencent à appréhender la réalité de la violence au lieu de se fier aux attaques stylisées et familières de type karaté. L’intention, la distance et les cibles s’améliorent. Ailleurs, cependant, le chemin est encore long.

Mais un élément fondamental manque encore dans nombre des démonstrations : la réaction de l’attaquant.

Même si le bunkai présenté ne comporte qu’une ou deux techniques, l’attaquant doit réagir. S’il ne réagit pas, la technique initiale était inefficace. Ce n’est pas une question d’opinion ; c’est une question de cause à effet.

Si vous frappez un corps, il y a une réaction. Si vous tirez sur un membre, il y a une réaction. Si vous tordez un coude, il y a une réaction. Les corps ne restent pas immobiles, et les gens ne se figent pas simplement parce qu’un mouvement a été effectué. Alors, montrez-le.

Il ne s’agit pas d’exiger des tests de résistance ou une résistance totale. Chacun comprend que les démonstrations doivent bien commencer quelque part. Ce dont il est question ici est bien plus simple : reconnaître que le corps humain réagit aux stimuli. Réagir n’est pas résister. C’est un phénomène physiologique et comportemental fondamental.

L’attaquant peut avoir changé de position suite à votre intervention. Sa posture, son équilibre, sa direction ou sa structure corporelle se modifient. Si ce mouvement n’est ni reconnu ni exprimé, alors, aussi réaliste que soit la technique, la démonstration s’éloigne déjà de la réalité.

Ceci est valable bien avant tout contact physique. Un échange verbal engendre des réactions, des changements de posture, des modifications émotionnelles, des sursauts, des hésitations, une escalade de la tension. C’est là que les rencontres commencent et que les réactions apparaissent pour la première fois. Ignorer cette étape revient à supprimer le contexte avant même l’introduction de la technique.

Une réponse physique peut également provoquer un sursaut, et ce n’est pas une erreur… c’est souvent intentionnel. Mais si la perturbation qu’elle engendre est ignorée, le bunkai redevient mécanique et prévisible, au lieu d’être authentique.

La chorégraphie n’est pas qu’une succession de mouvements irréalistes. C’est l’absence de conséquence. Sans réaction, même les techniques les plus plausibles deviennent artificielles.

Si la réaction n’est pas prise en compte, la chorégraphie n’est qu’une réintroduction sous un autre nom.

Pour les instructeurs en particulier, il est essentiel de bien comprendre ce point. Aussi pratique que vous considériez votre karaté, si votre bunkai ne montre pas la réaction provoquée par votre action, il reste irréaliste.

Une technique sans conséquence visible relève de la performance, non de la fonctionnalité. Si l’attaquant ne bouge pas, ne change pas de position ou ne voit pas sa posture se dégrader suite à votre action, vous démontrez une croyance plutôt qu’une preuve.

Il ne s’agit pas ici de pression, de vitesse ou de résistance ; ces éléments viendront plus tard. Il s’agit de reconnaître la réaction à une stimulation, même lorsque le mouvement est lent, prudent ou délibérément contrôlé à des fins de démonstration.

Si une démonstration ne parvient même pas à montrer de conséquence à faible intensité, augmenter la vitesse ou la résistance par la suite ne changera rien.

– Adam Carter